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 “Charlie Hebdo” : Cabu, un rêveur au pays des “bêtes et méchants”

Charlie Hebdo

Plus discret que ses turbulents compères de la grande époque (Choron, Gébé, Cavanna…), cet éternel ado était également un grand éclectique.

“Charlie Hebdo” : Cabu, un rêveur au pays des “bêtes et méchants”

Plus discret que ses turbulents compères de la grande époque (Choron, Gébé, Cavanna…), cet éternel ado était également un grand éclectique.

Cabu a trouvé la mort lors de l’attaque contre “Charlie Hebdo”.

Par Romain Brethes

Un sourire, une paire de binocles, une coupe au bol façon Beatles échappée des années 1960. C’était cela, Cabu. Un éternel ado, le plus gentil de tous les “bêtes et méchants” d’Hara-Kiri. On pouvait le croiser au coeur de Paris, à Saint-Germain-des-Prés, non loin de l’appartement de son ami Wolinski, notamment au Chai de l’abbaye, un bistrot à l’ancienne où il avait ses habitudes. Il se plaisait à y lire tranquillement Le Monde pour préparer les dessins qui allaient nourrir les pages du Canard enchaîné, dont il était l’un des piliers, et bien sûr Charlie Hebdo, dont il était, avec Wolinski et Willem, le dernier membre originel.

Plus discret que ses turbulents compères de la grande époque (Choron, Gébé, Cavanna…), c’était également un grand éclectique. C’est ainsi qu’il rejoignit les pages de Pilote en 1962, alors qu’Hara-Kiri venait de subir l’une de ses premières interdictions. Hara-Kiri et Pilote, c’était un peu le yin et le yang, le dionysiaque et l’apollinien de la bande dessinée d’humour en cette décennie, mais Cabu se garda bien de dire à René Goscinny d’où il arrivait, ainsi qu’il l’expliqua à José-Louis Bocquet dans une biographie du génial scénariste : “On était très peu payés, et en plus Hara-Kiri était un mensuel : mais quelle émulation ! Et puis il y a eu l’interdiction du journal en 1962, qui a duré neuf mois. Et là, il n’y avait plus d’argent du tout… J’ai eu envie d’aller voir Pilote parce que je sentais qu’il y avait là quelque chose qui se montait. Je suis tombé sur Goscinny qui a pris tout de suite mes dessins…” C’est là qu’il créa l’immortel Grand Duduche, ce doux rêveur, double de l’auteur “dix ans auparavant”, gentiment anarchiste, antimilitariste (comme Cabu, en souvenir de son service pendant la guerre d’Algérie), et amoureux transi de la fille du directeur de son lycée.

Double visage

Ce grand écart était à l’image de Cabu : le jour, il apportait ses textes et ses dessins à Goscinny, qui vivait encore avec sa maman, le soir, il participait aux agapes orgiaques de la bande d’Hara-Kiri avec “Choron, bourré, étendu sur le billard”. Ce double visage, il le conserva dans ses collaborations télévisuelles, avec Dorothée dans Récré A2, qui lui permit de toucher un très vaste public dans les années 80, mais aussi avec Michel Polac, dans le fameux Droit de réponse, où il croquait sur le vif les invités souvent célèbres (Coluche, Renaud…) qui s’étripaient avec des contradicteurs dans une ambiance chaotique.

Mais le génie de Cabu, avant tout, c’était la caricature. Politique, bien sûr, mais aussi et surtout sociale. Au sommet trône bien sûr son immense Beauf, créé en 1973 dans les pages de Charlie Hebdo, dont une intégrale venait tout juste de sortir à l’automne dernier. Cabu aimait laisser planer le doute sur l’origine de ce personnage “imbécile et facho”, comme le chantait Renaud, mais il confiait en trouver dans tous les bistrots de France, anti (-féministe, -écologiste, -jeune) et pro (-nucléaire, -automobile, -football) quand il ne le fallait pas, toujours à contretemps des justes causes. Des causes que Cabu, qui se définissait comme un incorrigible passéiste, n’a cessé de défendre, jusqu’à sa dernière conférence de rédaction.

Wolinski : “Un humoriste ne peut pas croire en la religion”

Wolinski

Georges Wolinski venait d’avoir 80 ans. Il avait survécu à tout : au communisme, au maoïsme, aux femmes, aux années 1970… Mais pas au terrorisme !

Georges Wolinski était, avec Cabu et Willem, l’un des derniers survivants de l’âge d’or d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, ces titres qui avaient dynamité la France tranquille des années de Gaulle et Pompidou. Avec Cavanna, Reiser, Gébé, le professeur Choron, ceux que Wolinski appelait ses “frères” et auxquels il pensait souvent, ils se réclamaient “bêtes et méchants”, mais c’était surtout de grands sentimentaux, gouailleurs, et féministes avant l’heure.

>> Lire aussi Charlie Hebdo : que sait-on des agresseurs ?

Les femmes, Georges les a toujours aimées. Comme il nous le disait il y a quelques semaines, par une belle matinée d’automne, dans son vaste appartement du boulevard Saint-Germain qu’il louait – “Un dessinateur, ça peut vivre comme un riche, mais ça ne devient jamais riche”, avait-il coutume de dire – avec son épouse, la divine Maryse : “Elles sont libres comme jamais aujourd’hui. J’aime les regarder dans la rue, poser sur elles mon regard, qu’elles ne fuient pas d’ailleurs, surtout celles qui plaquent tout à coup leur ami pour l’embrasser goulûment, puis le regardent et éclatent de rire. Cette liberté me fascine.” La beauté, c’était la grande affaire de la vie de Georges, ce qui le préservait des affres de la vieillesse : “C’est pas marrant de vieillir”, répétait-il l’air un peu las, quand nous prenions avec lui le train pour Saint-Malo, remettre le prix de la BD du Point dont il assurait fidèlement la présidence depuis plus d’une décennie.

Il est parti avec son ami Cabu

Il se réfugiait donc souvent chez son ami Adrien Maeght à Saint-Paul-de-Vence, pour profiter des trésors de sa fondation, en particulier Manet, qu’il révérait. Gourmand, il aimait nous montrer les dessins interdits d’Albert Dubout, qu’il conservait comme des reliques dans un écrin délicat. Il ne dédaignait pas les honneurs, et lui avait accepté la Légion d’honneur que lui avait remise Jacques Chirac : “C’est aussi con de la refuser que de l’accepter”, s’emportait-il lorsqu’on lui faisait remarquer la présence de la rosette accrochée à sa veste. La mort, il en parlait souvent aussi : “Je n’ai pas beaucoup de solutions face à ce problème, et surtout pas Dieu. Un humoriste ne peut pas croire en la religion. Car c’est un homme qui est seul, et qui a peur. Pour lui, la peur de la mort en particulier, rien ne peut la guérir. Il y a des mystères qu’on ne peut expliquer. Et l’humoriste lutte contre la fabrication de légendes qui cherchent à les expliquer. Les dessinateurs sont très travaillés par le désespoir, car ils n’ont jamais d’explication facile à leur frayeur. Beaucoup de mes amis sont morts, et je ne vois plus grand monde, à l’exception de Cabu.” Georges avait une grande crainte : que son ami parte avant lui, pour le laisser seul, le dernier de la bande. Une folie meurtrière les aura finalement emportés tous les deux, dans l’une de ces salles de rédaction qu’il aimait tant. Il venait de fêter ses 80 ans.

Source :  www.lepoint.fr

1 Comment

  1. camarasa pascale

    09/01/2015 at 21:13

    Bonsoir,

    pensez vous faire un lieu de réunion sur Marbella pour soutenir l élan démocratique Je suis charlie Nous serions heureux de pouvoir se réunir

    Merci pour vos pensees

    Amicalement

    Pascale Gerard

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