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Travail et bonheur ?

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Les travailleurs les plus sérieux sont les plus malheureux, car ils veulent résoudre une contradiction».

Oubliez burn-out, manager injuste et job sans sens, un documentaire diffusé ce mardi soir sur Arte pousse la porte d’entreprises où il fait bon bosser. Alain D’Iribarne, sociologue et président du comité scientifique d’Actineo, observatoire de la qualité de vie au travail,évoque les améliorations à apporter à la vie en entreprise.

Est-ce que les Français sont globalement heureux au travail?

Dans toutes les enquêtes d’opinion internationales, les Français se montrent moroses. Question satisfaction, ils se placent au même rang que l’Afghanistan, ça laisse rêveur… Autre donnée: les Français accordent beaucoup d’importance au bien-être au travail. La déception est donc à la hauteur de ces attentes.

Quels sont les principaux ingrédients du bonheur en entreprise?

Dans les enquêtes menées par Actineo, on voit que le plus important pour le bien-être des salariés touche au sens de leur métier. Ensuite vient la relation avec les collègues. En troisième, les trajets entre lieux de vie et lieu de travail. Enfin, et c’est plus récent, la question de l’informatique émerge avec la saturation liée à l’usage des mails et les délais raccourcis par le numérique.

>> Pourquoi les entreprises cherchent-elles à limiter l’usage des mails par leurs salariés?

Et le salaire alors?

Les Français sont moins attirés par un salaire élevé que d’autres Européens. Selon une étude de mai 2014 d’Actineo, la rémunération est une donnée importante pour 49% des Allemands contre 41% des Français sondés.

Est-ce que la crise joue sur cette déprime au travail?

Avec notre niveau de chômage, un travailleur mécontent a peu d’options. Soit il se met en grève, ce qui est aujourd’hui très rare. Soit il démissionne, parce qu’il est performant… ou inconscient. Soit c’est le retrait et ça se généralise. Les Français s’investissent ailleurs. D’où l’engagement très important des Français dans les associations, où ils trouvent une satisfaction.

Est-ce que le bien être au travail a évolué avec l’arrivée sur le marché de la génération Y?

Oui, les nouvelles générations sont plus centrées sur l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle, femmes comme hommes. On est face à une contradiction: les entreprises disent aménager les conditions de travail, mais on constate depuis les 35 heures une intensification du travail. Qui s’est couplée avec des demandes de coopération, mutualisation des connaissances, implication, autonomie…

Vous parlez d’autonomie, mais n’est-ce pas une demande des salariés?

Le problème, c’est la prescription d’autonomie, tout en maintenant les logiques de contrainte. Il y a de plus en plus de reporting, de procédures… Les travailleurs les plus sérieux sont les plus malheureux, car ils veulent résoudre cette contradiction. Contrairement aux critiques récurrentes sur les Français, ils sont très exigeants et capables de bosser comme des fous. Et le sentiment d’être dénigrés pèse sur leur moral.

Le documentaire d’Arte explique qu’ils seraient plus heureux avec plus de responsabilité…

J’ai vu des usines fonctionner sans hiérarchie. C’est une organisation positive si la négociation entre employeur et le groupe est de qualité. Mais ce sont des systèmes féroces pour ceux qui ne sont pas dans la norme du groupe. Chacun se fabrique son système de contrainte, c’est le prix de la liberté

Comment la France pourrait améliorer cette qualité au travail?

La vraie question des managers aujourd’hui c’est comment articuler autorité, contrôle, liberté pour une organisation productive avec des personnes très différentes. Et donc définir des normes de vie collective acceptées et motivantes. A mon avis, tout le monde va s’arracher le coach de l’équipe française de hand!

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