En vrac

La voiture réinventée

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Par Philippe Boyer.

Connectée, servicielle, intelligente, électrique, autonome, partagée, conçue en financement participatif… la voiture de demain se construit aujourd’hui… Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation, Foncière des Régions

La nouvelle est presque passée inaperçue tant le sujet de la voiture autonome semble déjà être une évidence : la convention de Vienne, qui réglemente la circulation routière, vient de légaliser les systèmes d’aides à la conduite. En clair, autoriser ce que les industriels appellent les ADAS (Advanced Driver Assistance Systems), que ces derniers portent sur le maintien sur voie, le respect automatique des distances de sécurité ou la conduite automatisée dans les embouteillages. Si la totale conduite autonome, qui permettrait aux passagers de travailler, lire, dormir… reste encore au stade de promesse, il n’empêche que les enjeux de la voiture autonome sont nombreux. Bien sûr, il s’agit d’abord, de surmonter nombre d’obstacles techniques dont ceux de la fiabilité des systèmes embarqués ou de la mise à niveau des infrastructures : état des routes, équipement en bornes électriques…

Au-delà de ces sujets technologiques et physiques, la principale inconnue porte sur l’adoption de ces technologies par les automobilistes. Dès lors que la confiance « homme-machine » aura fait ses preuves, le champ des possibles sera sans limite : la voiture connectée deviendra un nouvel espace de vie grâce à la connexion et aux applications embarquées d’e-commerce, réseaux sociaux… bref, un nouvel objet de mobilité « serviciel ». La voiture, autrefois une fin en soi, deviendra la partie d’un tout. Pour s’adapter à cette voiture réinventée, les constructeurs savent qu’ils doivent « pivoter », comme les startups aiment à décrire leur capacité à s’adapter rapidement aux demandes de leurs marchés.

 Big Bang automobile

Que sera mon métier dans 5 ou 10 ans ? Telle est la question qui taraude les constructeurs automobiles qui ont fait le constat que les attentes des clients, la percée du numérique et les nouveaux entrants sur ce marché de la mobilité ont changé la donne. Les Audi, BMW, Ford, Renault, Toyota, General Motors, PSA… ont presque tous décidé de miser sur les services et la mobilité pour notamment contrer les ambitions des géants de l’internet (Google, Apple…) qui s’attaquent à ce marché de la voiture connectée.

Ces derniers ne construiront peut-être pas de voitures, mais visent à s’imposer dans l’habitacle en tentant de capter les données émises par les conducteurs, un énorme gisement de valeur. C’est bien pour réinventer la voiture que les constructeurs ont développé de multiples stratégies d’innovations qui portent à la fois sur les énergies du futur (électricité, hydrogène…), sur les systèmes d’exploitation (voiture autonome) ainsi que sur les nouveaux services à proposer aux clients. Partant du constat qu’être un constructeur automobile n’est plus suffisant, Ford, General Motors mais également PSA – qui a récemment présenté son plan stratégique baptisé “Push to Pass”[1] – entendent fournir de nouvelles solutions de mobilités. A l’heure où les clients recherchent de plus en plus « l’usage » et non plus seulement la « propriété », il s’agit, sans limite, de faire soi-même ou de s’allier avec des partenaires spécialisés en autopartage, covoiturage, location entre particuliers, vente de voitures d’occasion, loueurs… pour, au final, élargir l’offre et se muer en de véritables « fournisseurs de mobilités ».

 Financement participatif

En lançant son nouveau Model 3, Elon Musk, propriétaire de la marque Tesla, n’en finit pas de bouleverser les codes de l’automobile en s’érigeant comme symbole de ces nouvelles formes de mobilités. Avec 300.000 pré-commandes enregistrées (à comparer aux 260.000 véhicules vendus chaque année par Ford aux Etats-Unis), Tesla est la preuve que le pari de la voiture électrique est presque gagné, n’en déplaise aux analystes liant le succès de l’électrique au prix élevé du pétrole.

Au-delà de cet engouement commercial pour la voiture électrique « presque » accessible à tous (le Model 3 est vendu 35.000 dollars, soit environ 30.000 euros), Tesla s’est créé « un univers à part ». A l’instar de ceux qui ne jurent que par les produits Apple ou Nike, l’imaginaire de cette marque, son offre et son modèle de fonctionnement génèrent une expérience nouvelle de la mobilité mise en scène par Elon Musk lui-même, comme en son temps par Steve Jobs avec les produits Apple.

Plus fort encore, et c’est peut être une piste que l’ensemble des constructeurs adopteront à l’avenir, Elon Musk vient de lancer une vaste opération de crowdfunding, autrement dit de financement participatif auprès des futurs utilisateurs de cette voiture. En demandant à chacun de verser 1.000 dollars pour valider sa commande, ce sont ainsi 300 millions de dollars qui viennent de rentrer dans les caisses de Tesla et qui serviront à démultiplier ses capacités de production. Grâce à cette promesse de conduire demain une voiture emblématique dotée des dernières avancées technologiques, Elon Musk invente la voiture « Kickstarter » du nom de la plateforme de financement participatif qui permet de rencontrer porteurs de projets et financeurs potentiels. En demandant à ses clients de l’aider à créer et à financer la voiture idéale, Elon Musk capitalise sur son image d’entrepreneur qui veut transmettre sa vision et son rêve : sauver la planète et construire un monde meilleur.

Si tous les constructeurs automobiles se rangent désormais à cette vision et à ce rêve de changer nos habitudes de déplacement, combien réussiront à faire que cette transformation numérique et cette révolution des usages puissent procurer de nouvelles expériences de mobilités. La course pour cette  voiture à réinventer ne fait que commencer.

Sources :  www.latribune.fr

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