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Les palafittes au Patrimoine…

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Les palafittes au Patrimoine mondial de l’humanité.

La reconstitution de maisons palafittes à Wauwil, en 2009. (Keystone) Les sites lacustres de l’arc alpin font partie du Patrimoine culturel de l’humanité.

L’Unesco a accueilli ce lundi la candidature conjointe de 6 pays européens, déposée par la Suisse. Les palafittes préhistoriques témoignent de la vie des premiers villages de 5000 à 500 ans avant JC. Ils sont presque tous invisibles, pour la plupart enfouis dans les fonds lacustres ou recouverts par les sables le long des rives des plans d’eau. Mais pour l’Unesco, ces palafittes préhistoriques de l’arc alpin sont dignes de faire partie du Patrimoine culturel de l’humanité. Ces pilotis de bois figurent parmi les biens archéologiques les plus importants permettant de mieux comprendre l’évolution de l’homme, entre le Néolithique et l’Age du bronze. Ce sont précisément l’eau et le sable des lacs qui ont permis à cet incommensurable patrimoine préhistorique d’avoir été si bien conservé jusqu’à nos jours. Dans cet environnement, les matériaux organiques utilisés par nos ancêtres – bois, cuir, tissus, os et même aliments – sont restés à l’abri de l’air, des intempéries et de l’homme. Découverts à partir du siècle dernier, les palafittes de l’arc alpin ont permis aux spécialistes de reconstruire, comme nulle part ailleurs dans le monde, la vie des communautés rurales des premiers millénaires avant JC. Ils ont permis de faire le lien entre les peuples de chasseurs-cueilleurs de la préhistoire et les premières grandes civilisations européennes.

Traces: Les premières traces de ces villages lacustres ont été découvertes dans la région zurichoise, en 1854. Cette année-là, les eaux du lac étaient descendues à un niveau exceptionnellement bas. Des fouilles avaient permis de retrouver des centaines de pilotis fichés dans le sol, ainsi que de nombreux objets inconnus, le tout dans un excellent état de conservation. La découverte avait suscité un vif intérêt aux quatre coins de l’Europe. Au cours des décennies suivantes, des sites archéologiques similaires avaient été identifiés sur les rives des lacs dans d’autres pays du continent et en particulier dans l’arc alpin. Les fouilles archéologiques sur la préhistoire menées jusque-là avaient surtout permis de retrouver des objets des tombes, des armes et des sites de défense militaire. Les villages lacustres offraient, pour la première fois, la possibilité de comprendre également le mode de vie des peuples qui avaient vécu dans cette région entre 5000 et 500 ans avant J.-C. A des époques plus reculées, il s’agissait d’abord de petits groupements de moins de 50 personnes, vivant dans 5 à 10 huttes. Vers la moitié de l’Age du bronze, ces villages comptaient jusqu’à une cinquantaine de constructions, dans lesquelles logeaient plusieurs centaines de personnes. Elles vivaient de l’agriculture, presque essentiellement des céréales, et de l’élevage de vaches, de chèvres et de cochons, mais aussi, de la pêche et de la chasse, de la récolte de fruits des forêts. Des ustensiles de bois et de pierre, des écharpes et des vêtements confectionnés à l’aide d’écorce macérée, des céramiques, des bijoux, des roues, des pirogues, ainsi que les premiers produits en métal témoignent de l’habileté ces peuples lacustres. Ces objets sont les premiers produits techniques, économiques, et sociaux d’une ère qui reste voilée d’un grand mystère. A ce jour, on ignore encore tout ou presque de la culture, des rites et du langage de nos ancêtres de cette époque.

Un mythe national: Il y a près d’un siècle et demi, les premièrs pilotis avaient alimenté l’image d’une Suisse romantique, habitée par des peuples qui vivaient sur de grandes plateformes érigées sur pilotis, reliées entre elles par des ponts et des passerelles. Des expositions, des tableaux, des calendriers et des ouvrages scolaires, de même que des romans, ont mis en scène ce mythe des peuples vivant sur l’eau, alors qu’on sait aujourd’hui qu’ils vivaient sur les rives des lacs. Les sites lacustres découverts dans plusieurs régions du pays ont servi en quelque sorte à perpétrer l’idée d’une origine commune des différentes cultures helvétiques et à cimenter l’identité nationale d’une Confédération, qui n’avait alors que six ans. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement de l’époque avait choisi un tableau illustrant la vie d’un village lacustre pour représenter la Suisse lors de l’Exposition universelle de Paris en 1867. Plus tard, des fouilles archéologiques avaient révélé que des villages lacustres avaient fleuri par milliers dans l’arc alpin. Présentée par la Suisse, la candidature des sites lacustres réunit la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Slovénie. En tout, 111 sites dans 6 pays, dont 56 en Suisse, font leur entrée au Patrimoine culturel de l’humanité. «La dimension transnationale de ce projet a certainement été appréciée par l’Unesco, qui encourage la coopération entre les différents pays membres», souligne Christian Harb. «De plus, notre candidature a aussi bénéficié du fait que rares sont les sites préhistorique qui figurent au Patrimoine, et qu’à la différence d’autres projets, les palafittes n’ont pas de vocation touristique, puisque les pilotis sont immergés», précise-t-il. Les promoteurs de la candidature transnationale espèrent néanmoins que l’inscription au Patrimoine mondial de l’humanité relance les recherches et les fouilles archéologiques et fasse connaître à un plus large public les musées et les parcs d’exposition qui présentent les villages lacustres. Et enfin, que cette reconnaissance permette aussi de favoriser la protection de ces sites. Les eaux des lacs offrent de bonnes conditions de conservation, mais pas pour l’éternité.

Armando Mombelli, www.swissinfo.ch Traduction de l’italien: Nicole della Pietra

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